Montpellier. Printemps des Comédiens : l’Autre Théâtre mêle contes et récits de vie pour ses 30 ans
Aux Micocouliers, l’Autre Théâtre célèbre ses 30 ans avec une création sensible où les grands contes croisent les parcours de vie de ses interprètes.
Au Printemps des Comédiens, l’Autre Théâtre mêle contes et récits de vie pour ses 30 ans, à Montpellier. (©Marie Clauzade)
Par Manon Haddouche
Publié le 10 juin 2026 à 17h47
Aux Micocouliers, l’un des écrins de verdure du Domaine d’O, les spectateurs prennent place tandis que les comédiens ont déjà investi l’espace ce mardi 9 juin. Entre les arbres, la nuit est déjà tombée sur cette soirée printanière. Pour fêter ses 30 ans, l’Autre Théâtre, créé pour promouvoir l’expression artistique de personnes en situation de handicap, convie le public à une promenade singulière à travers les contes… et les histoires de celles et ceux qui les racontent. Créé par Caroline Cano, Marion Coutarel, Béla Czuppon et Brigitte Négro, Il y avait une forêt dans l’histoire puise dans l’imaginaire du Petit Poucet, de Barbe-Bleue, du Chaperon rouge ou encore des Chaussons rouges. Des récits traditionnels qui ne sont ici pas figés mais qui, au contraire, se déplacent et se réinventent.
Quand les contes quittent les sentiers battus
Rapidement, le ton est donné. Le prince n’a pas besoin d’être courageux et charmant, pas plus que la princesse n’est condamnée au rôle qu’on lui attribue depuis des siècles. Dans cette forêt symbolique, chacun trace sa propre route. « Nous avions aussi envie de célébrer le fait de raconter des histoires, puisque c’est ce que fait l’Autre Théâtre depuis trente ans », nous explique Caroline Cano, comédienne, metteuse en scène et autrice associée au projet.
Sans trop en dire pour ne pas gâcher la joie de la découverte, le premier conte exploré est celui du Petit Poucet. Un choix qui résonne particulièrement dans cet espace extérieur, entre les arbres et le bruit des grillons. Les petites pierres semées sur le chemin deviennent autant de repères dans une traversée plus intime.
Nous avons voulu travailler avec les images poétiques qui ressortent des contes, mais aussi avec leurs messages, parfois politiques.
Caroline Cano
Une plongée dans l’intimité de l’Autre Théâtre
Derrière les récits se dessine une autre histoire, celle de l’Autre Théâtre lui-même. Tout au long de la représentation, des témoignages sonores ponctuent les scènes. Les voix de celles et ceux qui ont construit l’aventure racontent ce que le théâtre a bouleversé. Peu à peu, le spectateur quitte les sentiers de l’imaginaire pour entrer dans les coulisses de la compagnie.
Une plongée dans l’intimité de l’Autre Théâtre. (©Marie Clauzade)
Parmi ces témoignages, celui de Fafa Serres, présidente de l’association, revient sur la naissance du projet et sur cet « effet théâtre » capable de révéler ce en quoi personne ne croyait. Caroline Cano y livre également un récit personnel et fort sur le regard porté sur les différences physiques, les corps et les apparences. Dans un contexte social parfois marqué par les divisions, ces paroles rappellent que chacun a sa place dans la société comme sur une scène.
Entre émotion, musique et aventure humaine
Porté par la création musicale de Bertrand Wolff, le spectacle se construit dans une ambiance portée par la musique, qui amplifie le jeu des acteurs. Les chorégraphies et la présence des artistes complices Julia Leredde et Lorenzo Dallaï accompagnent les interprètes sans jamais prendre le pas sur eux.
Et en étant un peu curieux, notre attention peut se porter autant sur ce qui se joue que sur celles et ceux qui en sont acteurs. Lorsque quelques comédiens regagnent les marches de l’amphithéâtre, entre deux scènes, les sourires échangés racontent une autre histoire, celle de l’aventure humaine construite au fil des répétitions.
Drôle par moments, émouvant souvent, le spectacle semble davantage ouvrir des chemins qu’imposer un message démonstratif.
Entre émotion, musique et aventure humaine. (©Marie Clauzade)
Une lueur d’espoir
« Il y a toujours un petit bout de lumière dans l’obscurité. Il y a toujours une lanterne qui brille dans un coin de la forêt », nous confiait Caroline Cano avant la représentation.
Une phrase qui résume sans doute le mieux cette création. Car si plusieurs contes défilent sous les arbres des Micocouliers, c’est finalement l’histoire de l’Autre Théâtre elle-même qui se raconte, dans une forme de veillée collective. Une histoire faite de rencontres, de pluralité où chacun devient le héros de son propre récit.
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